“Il a plus d’appétit qu’un barracuda“, aurait pu chanter Claude François à propos du groupe automobile chinois, apparu au début du siècle seulement. Avec sa filiale Denza, BYD en apporte, encore une fois, la preuve. Fondée en 2010, la marque de luxe du groupe pénètre le marché européen via cet impressionnant shooting break au gabarit hors norme (5,18 m, 2 930 kg). Peu importe que vous soyez séduit, au premier regard, par ses galbes un brin outranciers, la Z9 GT ne vous laissera pas indifférent… et c’est le but. À son esthétique disruptive, le colosse ajoute une puissance démesurée ; ses trois moteurs (un à l’avant, deux à l’arrière) développant la bagatelle de 1 156 ch cumulés. De quoi abattre le 0 à 100 km/h en moins de 3 secondes et atteindre les 270 km/h en pointe. Pas mal pour un engin dépassant les 3 tonnes avec les pleins et le conducteur… Mais le plus stupéfiant demeure la capacité de charge unique de cette supercar qui feint de s’ignorer. Grâce à une architecture proche des 1000 V, susceptible d’encaisser 1 500 kW, sa batterie XXL (122 kWh) retrouve 97% de son autonomie initiale (600 kilomètres WLTP) en moins de dix minutes. Trois mille bornes dites Flash Charging (dont une centaine sur le territoire hexagonal), pouvant délivrer une telle énergie, seront installées prochainement en Europe par BYD. Pour faire face à sa rivale naturelle, la Porsche Taycan Sport Turismo, Denza a déployé un arsenal technologique ahurissant. Toujours prête à assurer le spectacle, la Z9 GT peut se déplacer… en crabe, au grand dam de ses gommes, proposer un mode Drift et un mode Boost pour effectuer quelques donuts sur circuit ou enrhumer la concurrence sur la route, et se garer seule à l’aide d’une centaine de capteurs. Sa transmission intégrale permanente rassure les novices, sa maniabilité inattendue (diamètre de braquage inférieur à 11 mètres) simplifie les déplacements urbains, son amortissement pneumatique à gestion dynamique intelligente assure un confort de grande routière, tandis que la qualité de son insonorisation permet de profiter pleinement du système audio 20 HP (1100 W), signé du français Devialet. À l’ouverture électrique des portières, on découvre un habitacle parsemé de cuir et de bois à la sobriété exemplaire, à la présentation sans fausse note et à la dotation somptuaire (rétroviseurs caméras, toit vitré, affichage tête haute, 4 chargeurs à induction, espace réfrigéré sous l’accoudoir). Un immense écran central tactile (17,3 pouces) s’occupe à peu près de tout. Il est encadré par deux dalles numériques de 13,2 pouces charger de renseigner le conducteur pour l’une et de distraire le passager pour l’autre. Dotée d’un empattement record (3,12 m), la super GT asiatique revendique une habitabilité royale, aux places arrière notamment. Elle dispose d’un coffre au volume quelconque (495 litres) et d’un frunk (53 litres) pratique pour héberger les câbles. Elle est surtout commercialisée à un tarif chinois, soit 70 000 € de moins que la Porsche précitée et 33 000 € de moins qu’une autre production chinoise au nom plus ronflant, la Lotus Emeya. Difficile, dans ses conditions, de ne pas considérer la proposition dont le niveau de service (le concessionnaire vient récupérer la voiture à votre domicile pour la révision) n’a rien à envier à celui des ténors de la catégorie.
Too much is too much… dans son désir de frapper les esprits, Denza a poussé le bouchon un peu trop loin. Le comportement de la Z9 GT n’est pas à la hauteur de ses performances. En cause, une surcharge pondérale qui plombe l’agilité du train avant, sursollicite les freins et met à mal l’autonomie. Avec une consommation relevée, proche des 28 kWh en moyenne, son rayon d’action n’excède pas les 440 kilomètres. Pas simple, il est vrai, de résister au plaisir d’enfoncer la pédale d’accélérateur à la moindre ligne droite. Autre effet pervers de sa masse excessive : les interventions fréquentes (et castratrices) des assistances à la conduite. Dans chaque virage, abordé avec un léger appui, il faut également composer avec le gonflage des soutiens latéraux des sièges… une première mondiale dont on se lasse vite. Quelle idée saugrenue ont eu les designers d’intégrer un Lidar dans le pavillon de la Z9 GT ! Non seulement, il s’apparente à une enseigne de taxi et alourdit la silhouette, mais il n’a aucune utilité actuellement sur notre marché puisque la législation n’autorise pas encore la conduite 100% autonome. À noter, enfin, qu’une version “hybride rechargeable“ est aussi disponible (776 ch, 203 km d’autonomie EV, à partir de 101 000 €), mais il faut alors composer avec de grosses taxes (29 100 €, par exemple, pour le malus au poids) qui altèrent l’essentiel de son intérêt.
Même si le résultat n’est pas parfait, cette première incursion d’un constructeur chinois dans l’univers des supercars témoigne du potentiel et de l’insatiable appétit de ces nouveaux acteurs venus d’Asie.
Denza Z9 GT À partir de 115 000 €, 0 € (bonus), 1 156 ch, 270 km/h (Vmax), 2,7 s (0 à 100 km/h), 23,6 kWh/100 km, 600 km (autonomie WLTP).