Elle a fait la couverture d’un tas de magazines, fut l’héroïne automobile de nombreux longs métrages et surtout, fait rêver des dizaines de milliers d’adolescents passionnés. La Ferrari Testarossa et son “12 cylindres à plat“ (428 ch) méritait bien une successeure. Quarante-deux ans plus tard, la voici. Un gabarit légèrement revu à la hausse (4,72 m de long, 2 m de large), une masse à peine supérieure à celle de l’aïeule (1 570 kg, soit 60 kg de plus) et une gueule toujours aussi spectaculaire… la nouvelle Testarossa n’est pas là pour séduire, elle entend, avant tout, impressionner, de la proue rappelant le mufle d’un monstre des profondeurs à la poupe flanquée de deux sorties d’échappement surélevées et de mini spoilers coiffant les feux. Remplaçante de la SF90 Stradale, la native de Maranello est donc hybride rechargeable. Comme l’indique son matricule 849 (8 pour le nombre de cylindres, 49 pour la cylindrée unitaire), elle reste fidèle à un V8 4-litres biturbo, développant cette fois 830 ch, associé à une transmission robotisée à 8 rapports et à… trois moteurs électriques (un dans chaque roue avant et un à l’arrière) cumulant 220 ch. Si le compte est bon, on dépasse donc le millier de canassons et il suffit de s’appesantir sur la pédale d’accélérateur pour le sentir. Plus prompte qu’une Bugatti Chiron, l’italienne franchit le cap des 200 km/h en… 6,4 sec. Époustouflant ! La transmission intégrale garantissant l’excellente motricité de la bête, la puissance déferle avec une stupéfiante constance. Derrière le volant, un sentiment de facilité émerge, mais gare à l’excès de confiance. En dépit de l’équilibre sensationnel du châssis, de l’agilité diabolique du train avant et de la présence d’un salutaire différentiel arrière piloté, la 849 conserve un côté brutal et donc parfaitement grisant. Le plus déstabilisant demeure le passage en mode EV au moindre lever de pied. Il permet de belles économies à la pompe en même temps qu’il tempère les ardeurs du pilote. Capable d’atteindre les 160 km/h en 100% électrique, la Testarossa 2026 peut parcourir jusqu’à 25 km sans émettre un gramme de CO2 grâce à sa petite batterie de 7,45 kWh. Suffisant pour s’extraire discrètement d’un centre-ville ou d’une zone pavillonnaire. À ses enivrantes qualités dynamiques, la diva transalpine ajoute des aides à la conduite bien calibrées et peu intrusives, et un confort de suspension (pilotée) très convenable tant que le bitume se fait lisse. L’ambiance à bord, enfin, se distingue par l’absence d’écran XXL et la présence de véritables boutons pour démarrer ou pour sélectionner le mode de conduite, par exemple. Ça repose les yeux et ça flatte les doigts comme l’égo… à l’image de la splendide pièce en aluminium qui accueille les commandes de la boîte rappelant la grille en H des anciennes Ferrari. Dernier (étonnant) bon point : la rétrovision, généreuse à souhait et qui permet, en outre, de garder un œil sur la mécanique exhibée au dos des sièges.
Fidèle à l’esprit de sa devancière, la nouvelle Testarossa commet quelques beaux impairs en matière d’ergonomie. Ainsi, le volant regroupe 1001 fonctions. À moins d’être pilote de F1, le temps d’adaptation s’annonce assez long. Définitivement, maintenir les commandes de clignotant sur la jante n’est pas une bonne idée. Si le passager apprécie de disposer de son propre écran, le conducteur peine à naviguer dans le combiné qui lui fait face. Quant au temps de réaction de ce dernier, il est inversement proportionnel à celui de la pédale des gaz. En clair, la navigation qui s’affiche à un kilomètre de retard sur la réalité. On regrette l’absence quasi-totale de rangements à bord et le volume ridicule du coffre (74 litres) situé sous le capot avant. Facile à mener, la 849 exige cependant une attention particulière en ville, conséquence de sa largeur hors norme et… de l’impasse faite par les ingénieurs sur les roues arrière directrices. Enfin, entre le V8 un brin étouffé par la législation et les fréquentes phases en mode EV, les sensations sonores se révèlent assez fades. Une petite frustration dont vous vous remettrez plus aisément que de son prix, proprement délirant… la passion faisant rarement bon ménage avec les économies.
Esthétiquement, mécaniquement et spirituellement, cette 849 Testarossa rend un magnifique hommage à la star des années 1980, tout en assumant sa qualité de Ferrari d’aujourd’hui.
Ferrari 849 Testarossa À partir de 453 082 €, 80 000 € (malus), 1050 ch, 330 km/h (Vmax), 2,3 s (0 à 100), 9,3 l/100 km (WLTP), 212 g (CO2/km).